DEMARCHE

 

I ) La peinture :

Mon tableau est un lieu ouvert où se joue un théâtre de figures abstraites*, qui ont une énergie, un parcours, un rôle au sein d’actions qui forment une dramaturgie. 
Structure d’ensemble, ces figures et ces mouvements sont lisibles par le spectateur, par des interprétations inconscientes et acquises, archaïques ou très érudites. Chaque spectateur aura son interprétation de chaque figure (la tache rouge, le carré, la ligne d’horizon, etc…), et des relations dynamiques entre elles, mais il reste que le sens général est donné par l’auteur qui imbrique les figures dans la structure dynamique et en fait une sorte de rébus. Chaque interprétation est comme un calque qui se superpose à la précédente, et la totalité de ces calques constitue le sens de la toile, en filigrane.

C’est pourquoi je demande au spectateur qui visite mon atelier de nommer le tableau de son choix, et parfois je garde le titre du spectateur, si je le trouve assez évocateur et poétique. Exemple : « L’affaire Charles Dexter Ward-Lovecraft, Michèle_lefebvre-1984 » est un titre donné par une amie, parce que l’ambiance du tableau lui rappelait celle de la nouvelle de Lovecraft. Rarement je nomme le tableau moi-même (« Os avec rébus dans la nuit » ou « Toiles d’hiver en désir de printemps », « Promontoire de l’oubli », ...)

Chaque tableau actuellement sans titre attend sa nomination par un spectateur. Avis aux amateurs ! Jeu : Soumettez votre titre à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. qui le validera ou non.

  

*Figures abstraites :

L’histoire de l’art a opposé Figure et Abstraction, pourtant  la période du formalisme a prouvé que les figures pouvaient aussi être abstraites,   chaque artiste faisant sa spécialité de la déclinaison d’une seule figure (Barnett Newman, Albers, Pollock, Buren, BMPT, Fontana) ou d’une seule couleur (Soulages, Ryman, Klein…). Le mot « figure » suppose l’existence de deux termes, ce qui est figuré et ce qui figure, c'est-à-dire l’existence d’un sens symbolique que la peinture formaliste refuse généralement.

Les nommer figures c’est donc les recharger d’un sens symbolique et les impliquer comme vocabulaire de signes, (dans une tradition qui remonte à Kandinsky et par lui au Traité des couleurs de Goethe).

C’est en cela que cette peinture revisite les acquis du 20° siècle.

 

II ) Art contemporain et Art moderne

Alors que l’Art Moderne n’aime pas l’éclectisme (accusé parfois de dilettantisme) de l’artiste jouant de plusieurs pratiques, dans l’Art Contemporain, l’œuvre n’est pas réduite à l’objet (peinture, vidéo, performance, éléments de documentation sur l’œuvre, écrits divers). C’est la déclinaison d’un concept abstrait qui constitue l’œuvre véritable. Il y a une redéfinition de l’art et de l’artiste, où celui-ci n’est pas confiné dans une seule pratique mais met en jeu plusieurs techniques qui trouvent leur cohérence par un discours les unifiant.

 Mon travail ne joue pas sur le sensationnel ou le scandale que l’on est autorisé à attendre selon le paradigme de l’Art Contemporain (Cf. Nathalie Heinich), il se présente comme une résistance à un art qui a coupé les amarres avec le public, dans sa frénésie à n’être plus que la fuite en avant d’une réflexion sur l’art qui perd de vue ce qu’il y a de profondément humain.

Ma peinture, mes vidéos, performances, romans, ont pour concept commun une interrogation sur l’être femme aujourd’hui, les rapports que le féminin entretient avec le masculin, sans manifeste, dans ce qu’Umberto Ecco nomme une œuvre ouverte[1].



[1] (où l’ambigüité et la pluralité des signifiés est une fin explicite : l’œuvre » peut être interprétée de différentes façons sans que son irréductible singularité en soit altérée ».).