2005 : Art Dialogue sous l'égide de l'Institut de France : Histoire d'une ligne

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Quand Corinne Béoust m’a proposé de travailler pour la Fondation Art Dialogue, l’idée d’implanter l’abstraction dans la ville de Yerres précisément m’a immédiatement tentée.

Voici une dizaine d’années que j’y enseigne les Arts Plastiques à des adolescents, et les plus anciens ont maintenant l’âge d’homme, ils constituent une partie importante de la population qui parcourt la ville.

Le métier d’enseignant requiert d’ouvrir sur les pratiques contemporaines les plus diversifiées, et la vocation tout à fait personnelle de peintre résolument abstrait doit savoir s’y faire le plus discrète possible. Très peu doivent avoir la connaissance de mon activité principale d’artiste peintre, et ce que les Yerrois verront parcourir la ville sera pour la plupart anonyme.

 

Une préoccupation majeure et continue de cette activité d’artiste (et c’est l’objet de ma thèse de 3° cycle en cours d’écriture) est le sens et la lisibilité de l’abstraction aujourd’hui.

Les signes plastiques, les figures, les matériaux, les supports, les gestes, la temporalité et le mode de fabrication sont autant d’éléments signifiants à décrypter qui agissent de façon subliminale sur le spectateur. Celui-ci, s’il n’est pas conscient du sens d’un tableau, peut être amené, guidé par des questionnements, à faire émerger le sens : c’est aussi la pédagogie des Arts Plastiques, qui amène à la signification par la pratique et la réflexion sur cette pratique.

Art Dialogue a la vocation de faire dialoguer le spectateur et l’œuvre d’art. Quelle meilleure façon que d’inciter à la création le spectateur, plutôt que de le confiner à raconter sa réception de l’œuvre, ce qu’il fera d’autant mieux s’il la pratique comme de l’intérieur.

 

Il y a quelques années, j’avais conçu un cours d’initiation à l’abstraction, qui consistait à réaliser, sur une feuille de format libre, un point, une ligne, un carré, une tache.

Le travail fait, chaque élève devait chercher dans cette représentation (ou du moins ce qui devenait, du coup, une représentation) qui il était : le point, la tache, le carré, la ligne, ou le support blanc, et ensuite raconter une histoire en définissant ce que pouvaient être les autres éléments, sa relation à eux, leur relation entre eux.

 

Ainsi, par ce jeu projectif, ils étaient obligés de donner un sens abstrait à chaque figure abstraite, et à la structure de la totalité. Le rôle du professeur était ensuite de relier les différentes acceptions données à chaque figure, et de faire prendre conscience que chaque figure prend sens dans la structure où elle apparaît : le carré est un cadrage, une maison, soi parfois, un lieu qui délimite un intérieur et un extérieur de façon rationnelle, etc… La tache est un élément qui fait rire ou effraie parce qu’elle suppose une part d’accident dans une part de contrôle, c’est toujours un débordement, etc… une ligne apparaît comme un parcours, une vie, un processus, qu’il soit fluide, accidenté, droit au but, ou sans but… A cela s’ajoutait le pouvoir symbolique du rouge, du noir et du blanc.

Ainsi donc, pratiquer cette sorte de jeu fait comprendre, en s’y impliquant, ce que peut signifier pour lui la figure du carré, la figure du point, de la tache, de la ligne.

 

J’ai donc pensé faire une ligne qui parcourrait la ville. Elle irait de la Poste au Parc Caillebotte, en point d’interrogation, selon une idée de Luc Fritsch. On peut trouver une interprétation à cette symbolique, on peut même en trouver dix mille, en tout cas le nombre d’habitants au moins de cette ville. Et ce n’est pas nous qui en donnerons la solution : ce sera un jeu pour celui qui tâchera d’y répondre.

 

1998 : ABOLITION DE L'ESCLAVAGE

Prix de la Ville d'Evry 1998

 

Quand Corinne Béoust m’a proposé de travailler pour la Fondation Art Dialogue, l’idée d’implanter l’abstraction dans la ville de Yerres précisément m’a immédiatement tentée.

Voici une dizaine d’années que j’y enseigne les Arts Plastiques à des adolescents, et les plus anciens ont maintenant l’âge d’homme, ils constituent une partie importante de la population qui parcourt la ville.

Le métier d’enseignant requiert d’ouvrir sur les pratiques contemporaines les plus diversifiées, et la vocation tout à fait personnelle de peintre résolument abstrait doit savoir s’y faire le plus discrète possible. Très peu doivent avoir la connaissance de mon activité principale d’artiste peintre, et ce que les Yerrois verront parcourir la ville sera pour la plupart anonyme.

 

Une préoccupation majeure et continue de cette activité d’artiste (et c’est l’objet de ma thèse de 3° cycle en cours d’écriture) est le sens et la lisibilité de l’abstraction aujourd’hui.

Les signes plastiques, les figures, les matériaux, les supports, les gestes, la temporalité et le mode de fabrication sont autant d’éléments signifiants à décrypter qui agissent de façon subliminale sur le spectateur. Celui-ci, s’il n’est pas conscient du sens d’un tableau, peut être amené, guidé par des questionnements, à faire émerger le sens : c’est aussi la pédagogie des Arts Plastiques, qui amène à la signification par la pratique et la réflexion sur cette pratique.

Art Dialogue a la vocation de faire dialoguer le spectateur et l’œuvre d’art. Quelle meilleure façon que d’inciter à la création le spectateur, plutôt que de le confiner à raconter sa réception de l’œuvre, ce qu’il fera d’autant mieux s’il la pratique comme de l’intérieur.

 

Il y a quelques années, j’avais conçu un cours d’initiation à l’abstraction, qui consistait à réaliser, sur une feuille de format libre, un point, une ligne, un carré, une tache.

Le travail fait, chaque élève devait chercher dans cette représentation (ou du moins ce qui devenait, du coup, une représentation) qui il était : le point, la tache, le carré, la ligne, ou le support blanc, et ensuite raconter une histoire en définissant ce que pouvaient être les autres éléments, sa relation à eux, leur relation entre eux.

 

Ainsi, par ce jeu projectif, ils étaient obligés de donner un sens abstrait à chaque figure abstraite, et à la structure de la totalité. Le rôle du professeur était ensuite de relier les différentes acceptions données à chaque figure, et de faire prendre conscience que chaque figure prend sens dans la structure où elle apparaît : le carré est un cadrage, une maison, soi parfois, un lieu qui délimite un intérieur et un extérieur de façon rationnelle, etc… La tache est un élément qui fait rire ou effraie parce qu’elle suppose une part d’accident dans une part de contrôle, c’est toujours un débordement, etc… une ligne apparaît comme un parcours, une vie, un processus, qu’il soit fluide, accidenté, droit au but, ou sans but… A cela s’ajoutait le pouvoir symbolique du rouge, du noir et du blanc.

Ainsi donc, pratiquer cette sorte de jeu fait comprendre, en s’y impliquant, ce que peut signifier pour lui la figure du carré, la figure du point, de la tache, de la ligne.

 

J’ai donc pensé faire une ligne qui parcourrait la ville. Elle irait de la Poste au Parc Caillebotte, en point d’interrogation, selon une idée de Luc Fritsch. On peut trouver une interprétation à cette symbolique, on peut même en trouver dix mille, en tout cas le nombre d’habitants au moins de cette ville. Et ce n’est pas nous qui en donnerons la solution : ce sera un jeu pour celui qui tâchera d’y répondre.

1993 : Environnement peint au Lycée Hugues Capet à Senlis

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QUELQUES PRÉCISIONS A PROPOS DE L'ENVIRONNEMENT PEINT DU LYCÉE HUGUES CAPET A SENLIS

 

La peinture couvre à peu près quelques 300 mètres carrés au total : 180 mètres carrés de sol peint, la totalité des murs, et les colonnes du hall d'entrée du lycée. Tout a été conçu selon des parcours de lisibilité, cheminements du spectateur à appréhender à partir des multiples entrées - entrée principale, entrée de la cour de récréation, entrées émanant des différents couloirs et escaliers.

 

C'est dire que le spectateur est plongé dans l'oeuvre à peine entre-t-il dans le lieu, et qu'il est partie active de la construction. L'oeuvre se transforme au fil de ses pas, de son avancée, sorte de kaléidoscope visuel transformable par le mouvement.

 

Au cours de la conception du projet, les parcours et stationnements successifs, privilégiés, des élèves pendant les récréations, ont été étudiés longuement. Ainsi, la physionomie du lieu offre des séries de tableaux induits par des coïncidences de lignes, masses, se prolongeant des murs aux colonnes, des colonnes au sol, avec effets de trompe l’œil, provoquant en retour les stations, les arrêts.

 

Un autre point important de la réalisation, est un effet d'horloge solaire au sol : à cinq heures de l'après--midi (heure de la sortie), au mois d'Août (temps des vacances), les quadrilatères de lumière projetée par les baies vitrées du patio central, rejoignent les tracés sur le sol, jouant avec eux en superpositions décalées.

 

J'ai utilisé une peinture industrielle pour parking qui n'avait jusque là jamais servi pour une oeuvre d'Art. Les coloris existants étant extrêmement restreints, un ingénieur de l'entreprise a travaillé avec moi pour créer mes couleurs. L'un des rouges fabriqués s'est avéré être le "Rouge Feu" : j'ai pu ainsi m'amuser avec extincteurs et signaux d'alarmes, d'une façon imprévue dans le projet initial.

 

D'ailleurs, la réalisation finale a très peu à voir avec le projet initial, et le proviseur a eu un choc, je crois, en rentrant de vacances. Le dosage entre une vision apocalyptique et une joyeuse barbarie ludique était un risque à prendre dans un lieu que je voulais davantage de re-création que de récréation.

 

Corine Sylvia CONGIU, Brunoy, le 7 Janvier 1993